Réécrire le « Arrêtons tout » à la sortie
Remettre la même note à chaque démarrage devait suffire. L'objectif et les interdits énoncés d'entrée, les réponses qui sortent pointent à peu près dans la même direction. À l'usage, il arrive pourtant que la direction dévie après coup, la note dûment remise.
Un rôle s'était vu confier une proposition de mise en œuvre sur un chantier en cours. La demande portait sur la manière d'avancer, pas sur l'opportunité d'avancer. La note avait été tendue comme d'habitude. Vers la fin de la réponse, cette phrase s'était quand même glissée : « Le risque est important ; ne serait-il pas plus sûr de geler le chantier et d'observer un moment ? »
Le fond n'était pas à côté de la plaque. Le risque signalé existait bel et bien. C'est l'orientation de la conclusion qui divergeait. La commande, elle, ne portait que sur le comment — jamais sur le si. La note dit noir sur blanc qu'on ne rend pas de réponse construite pour recommander le retrait ou le gel. Ce genre de réponse arrive quand même. Le rôle repart de zéro à chaque fois ; devant les seuls éléments posés sous ses yeux, s'il juge honnêtement que la chose est dangereuse, il lui arrive d'écrire la conclusion exactement comme il l'a perçue.
Ce n'est pas arrivé une seule fois. Sur un autre chantier, un autre rôle a rendu ceci : à son avis, réduire le périmètre pour cette fois, observer, puis élargir ensuite, serait plus sûr. Les motifs diffèrent, les situations aussi, et le point d'arrivée reste le même : ramener vers l'arrêt, la réduction ou l'attente une orientation déjà tranchée.
Le point de bascule est là : transmettre cette réponse telle quelle à l'étape suivante, ou non. En la faisant simplement suivre telle quelle, la prémisse même — l'orientation est arrêtée — se retrouve remise sur la table à chaque changement de rôle. Décider a un coût, qui devrait se payer une fois. Le repayer à chaque réponse reçue, c'est retomber sans fin d'un état décidé vers un état indécis.
Alors ces réponses-là ne repartent pas dans leur forme d'origine. Elles sont interceptées, puis remises en forme avant d'être transmises.
Ce qui compte, c'est que rien n'est jeté en bloc. Le constat « le risque est important » reste, intact. L'effacer reviendrait à avancer en feignant de ne pas voir un risque réel, et il y aurait là, autrement, de quoi provoquer un autre accident.
Ce qui change, c'est uniquement l'orientation de la conclusion qui suit le constat. « Le risque est important, donc on arrête » devient « le risque est important, donc on avance en le traitant de telle manière ». Le contenu du constat sert tel quel, seule sa pointe est déplacée de l'arrêt vers la marche. Le mot employé ici est désamorcer, mais le geste réel consiste à retirer la seule conclusion négative en gardant la réserve. Se tromper là-dessus et effacer le fond avec, c'est faire taire les voix gênantes. Pour que cela n'arrive pas, la réserve est toujours conservée par écrit.
Le « ne serait-il pas plus sûr de geler et d'observer » a été traité de la même façon. Le constat est resté sous la forme d'une phrase : avancer en l'état comporte un risque important. Derrière, j'ai ajouté une phrase : on avance donc après avoir traité le risque de telle manière. Seule l'apparence de la conclusion passe de la forme arrêt à la forme marche. En lisant le contenu, on peut encore retrouver après coup où se situait la réserve d'origine.
Décider si l'on fait ou non relève de celui qui décide, pas des rôles chargés de la mise en œuvre. Quand ce qui a été tranché se voit reposer la question « le fait-on vraiment ? » à chaque nouvelle intervention, l'acte même de décider perd de son poids. Un coût déjà payé, réclamé encore et encore.
C'est pourquoi, quand la réponse d'un rôle de mise en œuvre prend la forme d'une remise en cause de l'orientation elle-même, cette forme ne sort pas telle quelle. Elle passe d'abord par le geste décrit plus haut.
Si la note remise au seuil aligne les directions à l'entrée, ce dispositif-ci les réaligne à la sortie, une fois qu'une réponse est passée à travers les mailles du filet. L'entrée seule ne suffisait pas, la sortie non plus. Les deux ensemble, et la direction donne l'impression de tenir.