Liste de contrôle décisionnelle
Dans les chapitres précédents, nous avons organisé les deux schémas de la règle d'or 7+1 (ici : un système dans lequel sept rôles internes donnent leur avis en parallèle et l'audit externe vérifie en trois tours au maximum). Le « schéma standard » effectue les trois tours complets. Le « schéma court-circuit » va directement à l'audit externe.
À partir des conditions d'application de chaque schéma, ce chapitre résume cinq questions pour décider lequel choisir. Face à un dossier, il suffit de répondre à ces questions dans l'ordre pour sélectionner le bon schéma.
Comment lire cette liste de contrôle
On répond à chacune des cinq questions par « oui » ou « non ».
Si au moins une réponse penche du côté « fondation » (ici : un dossier qui touche aux bases de la conception, dont l'impact est large, ou sans précédent), on choisit le schéma standard. On n'utilise le schéma court-circuit que si toutes les questions penchent du côté court-circuit.
L'application du schéma court-circuit est soumise à des conditions volontairement strictes. Même si l'on hésite en parcourant les cinq questions, le schéma standard s'impose par défaut. Hésiter signifie qu'il reste des éléments qui pourraient pencher du côté fondation.
Les cinq questions
1. Ce dossier introduit-il une nouvelle prémisse de conception ?
- Oui → Schéma standard
- Non → Un vote pour le côté court-circuit
Une prémisse de conception est une règle ou une politique qui sert de base à la conception. En en ajoutant une, on peut influencer les décisions futures. Ajouter « cette règle s'applique à ce dossier » revient à modifier le critère de jugement d'autres dossiers. Les dossiers qui ajoutent une prémisse méritent la vérification en trois tours, où les sept agents internes contribuent chacun leur point de vue.
2. Ce dossier modifie-t-il une prémisse existante ?
- Oui → Schéma standard
- Non → Un vote pour le côté court-circuit
Modifier une prémisse a un impact plus grand qu'en ajouter une. Les décisions passées reposent sur cette prémisse. Une modification peut donc changer les fondements des jugements antérieurs. Les dossiers impliquant une modification de prémisse passent toujours par le schéma standard.
3. L'impact de ce dossier est-il réversible (corrigeable a posteriori) ou limité ?
- Oui (réversible, limité) → Un vote pour le côté court-circuit
- Non (irréversible, large périmètre) → Schéma standard
Pour un dossier corrigeable, on peut agir après l'apparition d'un problème. À l'inverse, un dossier dont les effets constituent une action irréversible (ici : un effet qui ne peut pas être annulé), ou dont l'impact s'étend à d'autres domaines, nécessite une plus grande précision en amont.
4. Existe-t-il un précédent similaire et les angles morts (ici : les points souvent négligés) ont-ils déjà été identifiés ?
- Oui (précédent existant, angles morts connus) → Un vote pour le côté court-circuit
- Non → Schéma standard
Si un précédent existe, on peut réutiliser les points de vérification issus du passé. Toutefois, même avec un précédent, si les angles morts n'ont pas été suffisamment examinés, on ne penche pas du côté court-circuit.
5. Ce dossier contient-il des actions irréversibles (publication, envoi externe, suppression, etc.) ?
- Oui → Schéma standard
- Non → Un vote pour le côté court-circuit
Les informations diffusées à l'extérieur ne peuvent pas être rappelées. Les données supprimées non plus. Les dossiers contenant des actions irréversibles passent par le schéma standard, quel que soit le résultat des quatre autres questions. C'est le critère de décision le plus fort parmi les cinq.
Si au moins une question indique le schéma standard, on choisit le schéma standard
Si une seule des cinq questions penche vers le « schéma standard », on n'utilise pas le schéma court-circuit.
Cette conception est volontairement orientée vers la sécurité. Le schéma court-circuit permet de gagner du temps. Mais il n'est applicable que lorsque toutes les questions confirment le côté court-circuit. On évite de le choisir sur la base d'une impression du type « ça devrait aller ».
C'est pareil en cas d'hésitation. Un dossier qui suscite l'hésitation contient toujours quelques éléments qui penchent du côté fondation. Ce sont précisément ces dossiers pour lesquels la vérification en trois tours du schéma standard fonctionne le mieux.
On intègre ici un réglage conservateur par défaut (ici : le principe de base qui consiste à choisir le côté le plus sûr en cas de doute), résumé par : « en cas de doute, schéma standard ». Pour modifier ce réglage, il faut d'abord accumuler des précédents où les cinq questions ont toutes confirmé le côté court-circuit.
Utiliser les cinq questions comme journal de bord
Lorsque chaque dossier passe par les cinq questions, les raisons de la décision restent enregistrées.
Des enregistrements s'accumulent, du type : « la question 2 a penché du côté fondation, donc le schéma standard a été choisi » ou « toutes les questions étaient du côté court-circuit, donc le schéma court-circuit a été utilisé ». Ces enregistrements permettent de vérifier la cohérence des décisions sur des dossiers similaires. Si la décision a changé entre la fois précédente et aujourd'hui, on peut aussi identifier quelle question a obtenu une réponse différente.
La liste de contrôle sert à faire passer la sélection du schéma d'une simple impression à un jugement documenté. À chaque répétition, les fondements s'accumulent et les traces des décisions restent.