Pourquoi publier les journaux de bord opérationnels ?
Dans le premier chapitre, j'ai mentionné brièvement la position de ce projet : publier les journaux de bord opérationnels. Je vais développer ce point ici. La question est : pourquoi les rendre publics ?
Au départ, je pensais qu'un journal de bord, ça se gardait pour soi
À vrai dire, moi aussi j'ai longtemps pensé que « les coulisses d'une implémentation, ça ne se montre pas ». Les tâtonnements techniques, les erreurs, les mauvaises décisions. Je ne voyais franchement pas l'intérêt de les rendre publics.
« Je publierai quand ça fonctionnera vraiment. » « Montrer ce qui ne marche pas encore — à quoi ça sert pour les autres ? » C'est ce que je me disais.
Et l'idée de rendre publics les journaux d'échec de mon propre projet — c'était presque impensable. Échec = honteux : je crois que c'était ancré en moi, sans que j'en sois conscient. Je me représentais la norme comme ça : un beau catalogue de réalisations terminées, proprement alignées. C'est ce que font les bons blogs techniques et la documentation sérieuse, non ?
Quand j'ai publié quand même — quelque chose s'est allégé
Le tournant, ça a été le moment où je me suis dit « bon, je le mets en ligne, et on verra ». Pas pour une raison particulière, pas suite au conseil de quelqu'un. Juste parce que « cacher ça me semblait finalement plus compliqué que le publier ». Une motivation un peu par défaut.
J'ai rédigé le journal d'implémentation. J'ai laissé trace des erreurs et de leur contexte. Je l'ai mis dehors. Et quelque chose d'inattendu s'est produit. Le temps consacré à l'écriture avait augmenté — mais mes décisions, elles, étaient devenues plus rapides.
La raison est simple : écrire oblige à clarifier les décisions. Quand on essaie de mettre en mots « pourquoi j'ai fait ce choix », les zones floues de l'esprit remontent à la surface. Parfois je réalise que ma décision ne reposait sur pas grand-chose. Parfois je me souviens que j'avais déjà fait la même erreur avant.
Et quand on écrit en sachant que c'est destiné à être lu, l'effet est encore plus net. Écrire pour expliquer à quelqu'un d'autre oblige à tenir une ligne cohérente. Ce qui, au final, devenait une mise à l'ordre de ma propre pensée.
L'effet du « regard extérieur »
J'ai aussi remarqué autre chose : le fait d'être en état de publication a un effet en lui-même.
Il ne s'agit pas de recevoir des commentaires, ni de faire du bruit sur les réseaux. C'est simplement ça : le fait de se mettre dans l'état « quelqu'un pourrait lire ceci » agit comme un contrôle qualité spontané.
Par exemple, quand j'écris quelque chose que j'ai décidé un peu vite, il arrive que ma main s'arrête en cours de route. « Si quelqu'un lit ça, c'est acceptable ? » — une seconde d'hésitation. Et cette hésitation provoque une nouvelle réflexion. Parfois la décision s'améliore. Parfois c'est juste l'explication qui se complète. En résumé : le seul fait de publier me rend plus soigné, sans même y penser.
Ce même phénomène se produit dans le développement avec des IA, et le principe de séparation des pouvoirs (ici : répartir l'exécution, la vérification et la approbation finale entre des entités distinctes) — dont je parlerai en détail dans un chapitre ultérieur — repose sur une idée semblable. « Intégrer structurellement un regard extérieur » — que ce soit vis-à-vis d'humains ou d'IA, ça fonctionne, je crois.
C'est pour ça que je garde aussi les journaux d'échec
C'est pour toutes ces raisons que, dans ce projet, j'ai décidé de publier non seulement ce qui a bien marché, mais aussi les journaux d'échec.
Trois raisons :
- Pour clarifier mes décisions : écrire pour publier, ça met de l'ordre dans ma pensée
- Pour l'effet du « regard extérieur » : écrire en sachant que c'est lisible me rend plus soigneux, naturellement
- Pour servir à ceux qui essaient la même chose : les journaux d'échec se reproduisent plus facilement, et ce sont eux qu'on cherche le plus souvent
Sur le troisième point, j'ajoute une précision : les articles techniques ne racontent souvent que « la méthode qui a réussi ». Mais dans la pratique, les erreurs qu'on rencontre sont plus reproductibles — et ce sont ces informations-là qu'on va chercher quand on cherche vraiment. C'est pourquoi je veux garder, autant que possible, le fil complet : échec → correction → apprentissage.
Je ferai certainement encore des erreurs. Les mauvaises décisions à venir, les corrections de trajectoire — tout cela, je prévois de le noter tranquillement, au fil du temps. La position de ce projet — « publier les journaux de bord opérationnels » — c'est ça, l'intention.