Deux choses tenaient dans la même parenthèse
Pendant un temps, la parenthèse qui suivait un terme technique portait deux charges à la fois. Le sens d'un côté. La prononciation de l'autre : la lecture d'un composé japonais, la transcription en katakana d'un mot anglais. Les deux entraient côte à côte, comme s'il s'agissait du même service rendu au lecteur.
Une seule est restée.
La règle, elle, tient toujours. En interne, on l'appelle la règle du langage simple. Un terme technique s'accompagne d'une glose courte, posée juste derrière. « Agent » appelle aussitôt son explication : une manière de confier un rôle à une IA et de la laisser tourner. « Approbation passive » appelle la sienne : un circuit où l'absence d'objection dans le délai vaut accord. Il ne s'agit pas d'allonger le texte. Quelques mots glissés immédiatement après le terme, et c'est tout.
Voici la même chose, la règle désactivée :
« Dans ce projet, le subagent travaille à partir du SPEC pour rédiger le corps du texte, et un tone check passe avant le franchissement du QA gate. »
La phrase a été fabriquée exprès sans une seule glose. La charpente se lit : quelque chose agit sur quelque chose, dans un certain ordre. Mais le premier terme arrête net certains lecteurs, et lorsque SPEC, QA gate et tone check s'empilent derrière, chacun reste flou. On voit la structure, pas l'activité. C'est une drôle de situation.
Les gloses remises en place :
« Dans ce projet, le subagent (une petite unité à qui l'on confie un seul rôle) travaille à partir du SPEC (le document qui dit quoi construire) pour rédiger le corps du texte, et un tone check (la vérification que le texte sonne comme il devait sonner) passe avant le franchissement du QA gate (le filtre qualité avant toute sortie). »
C'est plus lourd, et sans doute plus fatigant pour l'œil. Mais on suit enfin ce qui se fait. Un lecteur non initié reste ou décroche, et ça se joue peut-être là.
Celui qui rencontre un terme inconnu après un autre ne les met pas de côté pour vérifier plus tard. Le jugement est plus rapide et plus grossier : « ce texte n'est pas pour moi ». Moins une affirmation sur les lecteurs en général qu'une chose reconnue depuis l'autre bord, du temps où la lecture passait avant l'écriture.
La prononciation, elle, n'a jamais été le problème. L'ajouter semblait à l'époque relever de la même règle. Il n'en était rien. Ne pas savoir prononcer un mot et ne pas savoir ce qu'il désigne sont deux échecs distincts, et seul le second bloque quelque chose. Un mot composé dont les caractères résistent se traverse sans dommage, pourvu que le sens soit arrivé. L'inverse ne tient pas.
En réunion, devant un autre service, le mécanisme est identique : prononcer lentement ne change rien si le contenu n'atterrit pas.
Ce qui a rendu la chose évidente, c'est d'avoir relu d'une traite un paquet de vieux textes. Ligne après ligne, la parenthèse occupée par une transcription et rien d'autre, aucune explication à l'intérieur. Quelque chose clochait là-dedans. Il était entré davantage de prononciation. Pas davantage de sens.
Les prononciations ont donc sauté, les gloses sont restées, et rien ne semble s'être perdu au change. Les phrases étaient plutôt moins bonnes avant, étirées par des parenthèses chargées de syllabes.
Derrière tout cela se tient une personne précise, et cette personne est une construction, pas le résultat d'une enquête. Bonne culture informatique, mais aucune pratique réelle de plusieurs IA qu'on fait tourner ensemble. Du début de la trentaine au début de la quarantaine, en charge des systèmes d'une PME. Bloquée, précisément, sur qui gère quel agent et comment.
Devant cette personne, empiler les termes ne rapporte que de l'admiration. Rien d'autre. On ne tente rien ensuite. Raconter en mots ordinaires ce qui a été essayé et ce qui en est sorti : ça semble déplacer un peu plus les choses. Du moins était-ce vrai depuis le bord de la lecture. Un article dense en terminologie transmet la compétence de celui qui l'a écrit. Que le lecteur en emporte quelque chose est une autre question.
Rien de tout cela n'a commencé par le lecteur, à vrai dire. La première raison était intéressée : reformuler un terme en mots simples, ça me le range dans la tête.
L'effet secondaire s'est révélé peser plus lourd que la raison principale. Enfin, c'est ce que je ressens aujourd'hui. Tenter de décortiquer un terme montre jusqu'où va vraiment ma maîtrise.
« Approbation passive » refusait de se réduire. La première tentative, un système où ne rien dire équivaut à un oui, tombait à côté : juste dans le contour, fausse dans le ton. Après quelques réécritures, cela a donné un délai pour objecter, avec approbation à l'échéance, et là c'était plus proche. Pour une seule phrase, le chemin a été long. La version employée en tête de ce texte, celle du délai sans objection : c'est là que ça a fini par se poser.
Il existe un type de chef qui transmet un dossier à un nouveau uniquement en jargon, et le plus souvent, ce chef ne maîtrise pas le travail non plus. L'incapacité à le dire simplement en dit généralement long.
Écrire un terme tel quel, sans l'ouvrir, ça revient peut-être juste à s'appuyer dessus. Qui comprend une chose devrait pouvoir la mettre en mots courants, et si les mots ne viennent pas, c'est qu'il faut reprendre la conception. Comme contrôle qualité sur moi-même, ça fonctionne pour l'instant.